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mardi 1 mai 2012

lundi 30 avril 2012

1er MAI - Ses origines et ses déviances




"Les tentatives de récupération du 1er Mai n’ont jamais marché"

Des anarchistes à Sarkozy en passant par Pétain et les gaullistes, le 1er Mai est un symbole disputé. Retour sur ses origines et ses avatars avec Danielle Tartakowsky.

Pourquoi tant de passion autour du 1er Mai ? Nous avons posé la question à Danielle Tartakowsky, historienne, l’auteure d’une histoire de cette journée particulière, « La Part du rêve » (éd. Hachette).
Tout le monde s’arrache le 1er Mai. Pourquoi cette fête a-t-elle une telle force symbolique en France ?
D’abord est-ce une « fête » ? Le mot fait question, certains préférant parler de « journée de lutte ». Depuis 1890, lorsque la journée du 1er Mai a pour la première fois été organisée dans plusieurs pays industrialisés, on a remis en cause le mot « fête ». A l’époque, les militants du mouvement anarchiste, notamment, expliquaient que ce ne pourrait être une fête qu’après la victoire des travailleurs.
La religion et le 1er mai des travailleurs
Député du Parti ouvrier belge, voici ce qu’écrivait Emile Vandervelde au débit des années 1890 :
« Ne faut-il pas admettre que ces noirs bataillons d’hommes obéissaient à une mystérieuse et irrésistible impulsion qui a toujours poussé les peuples à fêter le renouveau, à célébrer la fête des germes quand mai fait monter les rêves et ramène la saison d’amour.
Car ce jour-là, il y a fête dans toutes les religions et dans tous les pays. Pendant que ces travailleurs industriels quittent les usines et les charbonnages [… ] et se promènent en longs cortèges [ …] ne voyons nous pas les jeunes filles parer les autels de la vierge et les paysans planter des arbres de mai ou allumer des feux de joie sur le sommet des collines .
Et ces coutumes même ne sont que des survivances d’un passé plus lointain, des temps ou nos ancêtres, celtes ou germains, célébraient la fête de l’amour ou des arbres […] nous fêtons, non seulement avec les vivants mais avec les morts, l’humanité tout entière ».
Ce qui a fait la force du 1er Mai, c’est peut-être justement qu’il est international. Il faut comprendre qu’en 1890, la mise en œuvre d’une journée internationale était une prouesse, compte tenu des moyens de circulation de l’information de l’époque.
Par ailleurs, dès le départ, cette journée du renouveau a été empreinte d’une dimension sacrée, complètement assumée. On n’hésitait pas à puiser dans le vocabulaire religieux pour en parler.
Les Italiens parlaient même de « pâque des ouvriers », Paul Lafargue évoquait le « caractère presque mystique » que conférait l’internationalisme au 1er Mai... Mais le baptême, l’offrande, la résurrection sont également invoqués, quand ce n’est pas Lazare ou le Christ...


1er mai 2010 à Tarascon sur Ariège 
Hommage à Jean Ferrat ave la chanson "Camarade"

Pourquoi a-t-on choisi cette date du 1er Mai ?
L’exposition universelle de 1889 à Paris avait été accompagnée de nombreux congrès internationaux, dont deux congrès socialistes concurrents.
Au cours de l’un d’entre eux, qu’on appelle « Le Congrès de Paris » [La IIe Internationale ouvrière, ndlr], et qui réunissait les mouvements socialistes de différents pays européens, il a été décidé d’organiser une journée de revendication pour obtenir la journée de travail de 8 heures.
On avait alors pensé au 14 juillet, ou au 18 mars [date du soulèvement de la commune de Paris, ndlr], ce qui montre le poids des révolutions françaises dans l’imaginaire socialiste.
Mais c’était probablement trop français, et on a préféré retenir le 1er mai, date d’ores et déjà choisie, pour l’année 1889, par le syndicat ouvrier américain, l’American Federation of Labor. Aux Etats-Unis, le 1er mai correspond à la date des renouvellement des baux et contrats.
En Europe, sa force vient du fait qu’il échappe aux calendriers civil et religieux : il s’inscrit dans le calendrier social, tout en faisant écho à des célébrations printanières anciennes – le mai des folkloristes.
Ce n’est pas un hommage aux martyrs des manifestations de Chigago, le 1er mai 1886 ?
La référence à Chicago est largement, du moins en Europe, une reconstruction postérieure. Le 1er Mai de 1890 était une journée conçue non pas par des syndicats, mais par des mouvements politiques socialistes. Lorsqu’en France, en 1905, la SFIO s’est retirée de l’organisation du 1er Mai, laissant la CGT organiser la grève générale à cette occasion, on a commencé à insister sur l’importance du 1er mai de Chicago.
Aux Etats-Unis, le 1er Mai a été abandonné au profit du premier lundi de septembre [Labour Day, ndlr]. Les syndicats américains ne voulaient rien avoir à faire avec les socialistes ou les anarchistes européens.
Depuis quand est-ce férié ?


       Une affiche en 1936

Entre les deux guerres, la journée devient fériée dans plusieurs pays ou régimes « nouveaux » : la Russie soviétique, l’Allemagne nazie (Hitler avait puisé dans les mythes aryens et autres références folkloriques pour se l’approprier), la Tchécoslovaquie...
En France, le Front populaire avait l’intention de rendre cette date fériée, mais le projet n’est pas allé à son terme à la Chambre des députés. En 1941, Pétain en fait un jour férié.
Mais à l’époque, férié ne veut pas dire chômé : on s’arrête de travailler dans les usines que le temps d’une cérémonie, avec lecture du discours du Maréchal ...
Ce n’est qu’en 1948 que le 1er Mai devient une journée « chômée et salariée ».

Célébrations du 1er Mai en 1934 et en 1946
Les Actualités françaises du 9 mai 1946.


Pétain ou plus tard Le Pen n’ont jamais vraiment réussi à s’approprier le 1er Mai...
Non. Une chose est de s’approprier la date, pour concurrencer l’adversaire, une autre est de réussir. C’est une construction artificielle aussi vaine que les quelques tentatives, par la gauche, de s’approprier Jeanne d’Arc, décrite pour l’occasion en « fille du peuple, trahie par le roi, brûlée par des clercs ».
La tentative de Pétain est un échec : le 1er Mai n’a jamais été une grande journée sous Vichy. Le Pen a tenté en 1988 le syncrétisme 1er Mai + Jeanne d’Arc, mais sans grand succès.
Nicolas Sarkozy cherche aujourd’hui à relancer un 1er Mai échappant aux syndicats. J’imagine que l’UMP a prévu des cars pour qu’il y ait un peu de monde, mais je ne pense pas que cela puisse vraiment se pérenniser.
Ces célébrations fonctionnent si elles s’appuient sur des traditions de longue durée, si elles renvoient à des pratiques sociales inscrites dans l’histoire longue.

Y a-t-il eu d’autres tentatives, à droite, de s’approprier le 1er Mai ?
Pas vraiment, à part le RPF. Pendant la guerre, en 1942, les résistants avaient poussé De Gaulle à lancer un appel à manifester le 1er Mai, en réaction au 1er Mai pétainiste. Il l’avait fait et il y avait eu en France une quinzaine de petits défilés « patriotes », organisés par des gens plus que courageux.
Après la guerre, de Gaulle s’en était souvenu et son RPF avait, dans le parc de Bagatelle, disputé le 1er Mai à ceux que le Général appelait « les séparatistes de la CGT ».
Avez vous été choquée par l’appel à manifester le 1er Mai de Nicolas Sarkozy ?
Il a une très grande capacité à se saisir de tout ce qui passe, y compris dans l’histoire avec laquelle il a un rapport résolument post-moderne. Il chasse les voix qui se sont portées sur Marine Le Pen et ne peut donc pas laisser les frontistes seuls dans les rues le 1er Mai : il fallait qu’il prenne une initiative.
Appeler à célébrer le « vrai travail », c’est un peu n’importe quoi. Le parallèle avec l’initiative de Pétain n’est peut-être pas volontaire ou même conscient.
Mais même si Nicolas Sarkozy ne l’a pas fait exprès, c’est impardonnable de sa part : il y a, au regard de notre histoire, des mots qui ont un sens, des mots lourds qu’il faut, quand on est un homme politique responsable, éviter.
                                                                                                                                  Source : Rue 89



Baudry

mardi 24 avril 2012

Piero Manzoni - Artiste italien - "Merde d'Artiste"

"Avec le sang du monde on fait du boudin d’actualité" 
 journaliste grolandais


PIERO MANZONI - ARTISTE ITALIEN
Multiple tiré à un nombre limité d'exemplaires de l'excrément de l'artiste.
J'ai eu le plaisir d'en vendre 2 boites à d'honorables collectionneurs
dans la galerie d'art "Le Bateau Ivre" à Bruxelles où j'étais vendeur en 1970.
Piero Manzoni
Piero Manzoni

















Piero Manzoni, est né le 13 juillet 1933 à Soncino (province de Crémone), il est mort à Milan le 6 février 1963 à 29 ans, d'une attaque cardiaque. 

C'est un artiste italien, pionnier de l'Arte Povera (Art pauvre) et de l'art conceptuel.

Influencé par les recherches d'Yves Klein, le travail de Piero Manzoni a anticipé et directement influencé celui de la génération d'artistes italiens plus jeunes réunis par le critique Germano Celant lors de la première exposition d'Arte Povera qui s'est tenue à Gènes en 1967.


C'est Manzoni qui, à une exposition d'art contemporain de Nice, arrosera de gouache rouge André Malraux à l'aide d'un pistolet à eau. Il voulait ainsi contester le mercantilisme officiel de l'Art. Malraux lui arrachera l'arme et aspergera à son  tour Manzoni. Que pouvait-on attendre d'autre du chef d'escadrille des Républicains espagnols devenu ministre de la culture ?

Manzoni est plus particulièrement connu pour une série d'œuvres mettant en question la nature de l'objet d'art, préfigurant en cela l'art conceptuel. 

Sa démarche évite les matériaux artistiques courants, utilisant tout ce qui se présente, de la fourrure de lapin aux excréments humains, en passant par toute sorte de déchets, de manière à "découvrir les sources mythologiques et comprendre les valeurs authentiques et universelles" (Merde d’artiste, 1961). 
A la Biennale de Venise, il exposera un homme nu dans une cage suspendu au plafond pour exprimer la finalité de la société consumériste dont le but est la vente de son propre corps et la servitude volontaire. 
Son œuvre est unanimement vue comme une critique de la production de masse et du consumérisme qui changèrent la société italienne (le "miracle économique") après la Seconde Guerre mondiale.
Edition en quatre langues pour faciliter la diffusion de l'oeuvre d'art.



vendredi 13 avril 2012

Les derniers gaullistes honoreront-ils le décès de la Ve République ?


Les derniers gaullistes voteront-ils la subvention pour le monument funéraire à l'honneur de la Ve République  ?



Kroll - Le soir - Bruxelles

Des Iraniennes enlèvent le haut pour combattre la "pornographie des lois islamiques"

L'AVENIR VU PAR UNE AFGHANE SOUS SA BURQA
(L'AFGHANISTAN, C'EST PROCHE DE L'IRAN)




Mars/2012 / IRAN
Des Iraniennes enlèvent le haut pour combattre la "pornographie des lois islamiques"
Le message de cette vidéo est simple : les femmes doivent pouvoir disposer de leur corps comme elles l'entendent. Pour être certaines qu’il soit bien compris, ces sept Iraniennes ont enlevé le haut.

Chacune raconte tour à tour, face caméra, pourquoi elle a décidé de poser nue : "Ma nudité est un 'Non' à la lapidation", "Pour celles qui voudraient le faire mais ne peuvent pas", ou encore "Et pourquoi pas ?", expliquent-elles.



Vidéo du projet "Nude Photo Revolutionnary" publiée sur YouTube par Reza Moradi.

Le groupe prend le relais d’Alia al-Mahdi, une jeune activiste égyptienne qui, en novembre, avait posté une photo d’elle nue sur son blog au nom de la liberté d’expression. La démarche avait alors fait l’objet de nombreuses critiques. Les participantes disent aussi s’être inspirées de Golshifteh Farahani, une actrice iranienne exilée à Paris qui a posé seins nus dans une vidéo annonçant les révélations du cinéma français de 2012.

Se dénuder pour défendre la cause des femmes est une technique de communication récurrente chez les féministes. Un groupe de militantes ukrainiennes s’est d’ailleurs fait connaître par ses happenings "topless". 
Une stratégie à chaque fois aussi médiatisée que critiquée, certains commentateurs ne comprenant pas comment montrer sa poitrine permettrait de faire avancer le droit des femmes.

Le mouvement "Nude Photo Revolutionnary" va, lui, encore plus loin puisque cette courte vidéo n’est autre que la promotion d’un projet encore plus osé, un calendrier de photos sur lesquelles des femmes du monde entier posent, cette fois-ci, entièrement nues. Un calendrier qui se veut un "cri contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d’hypocrisie" et dont tous les bénéfices seront reversés à des associations de défense des droits de la femme.
Contributeurs
Elia Tabesh
"Ce qui est pornographique, ce sont les lois islamiques qui font de la femme un objet sexuel"
Elia Tabesh, 30 ans, a posé sur cette vidéo. Iranienne, elle est réfugiée politique à Stockholm où elle étudie le suédois.
J’ai quitté l’Iran il y a trois ans. À l’université, j’étais engagée dans un mouvement de gauche qui se battait pour les droits de l’Homme. Mais comme les activistes sont en permanence réprimés par les autorités, à un moment donné, je ne me suis plus sentie en sécurité. Par ailleurs, je ne supportais plus de vivre dans un pays islamique. Où que vous alliez - à l’école, au restaurant, etc. -, vous êtes traitée comme un citoyen de seconde zone. On vous dit quoi porter et quoi ne pas porter. La société entière vous voit comme un objet sexuel. Le gouvernement contrôle jusqu’à notre vie sexuelle. Avoir des relations en dehors du mariage vous fait prendre le risque d'être lapidée et vous pouvez être punie si vous refusez d’avoir des relations sexuelles avec votre mari."

"Les femmes comprennent ce type d’action bien mieux que les hommes"

"Pour toutes ces raisons, je n’ai pas hésité une seconde quand j’ai été contactée pour faire cette vidéo. C’est la moindre des choses si je veux faire progresser le droit des femmes. Nous avons fait cela pour celles qui voudraient pouvoir disposer de leur corps mais ne le peuvent pas à cause des lois islamiques et des politiques sexistes.

Évidemment, les réactions ont été très mitigées mais, dans l’ensemble, les femmes comprennent ce type d’action bien mieux que les hommes. Certains appellent cela de la pornographie. Pour moi, ce sont les lois islamiques définissant la femme comme un objet sexuel qui sont pornographiques."


Couvre feu contre la misère ! Victor Hugo « discours sur la misère » à l’Assemblée Nationale le 9 juillet 1849

LE FRANÇAIS EST UNE BELLE LANGUE DANS UNE GRANDE GUEULE 




Monsieur le Président, Ministres, Sénateurs, Députés, Conseillers Régionaux et Généraux qui parfois vous piquez de littérature, surtout vous M. le Président, ne fut-il qu'une page de Victor Hugo à lire, c'est celle-ci pour le fond et pour la forme.
Amoureux de la langue française dans ce qu'elle a de magnifique et de réaliste, je me permets de vous conseiller cette édifiante lecture qui, hélas, est toujours d'une actualité brûlante. Chez les autres et chez nous, peuple de France héritier de toutes les grandeurs et de toutes les turpitudes de notre histoire, nous qui n'avons de leçons à donner à personne mais à prendre de nous-même par nos plus ébouriffantes plumes comme celles de notre aigle des lettres.

Victor Hugo (26 février 1802 - 22 mai 1885), dramaturge, poète,  prosateur romantique, le plus important écrivain de langue française est la personnalité politique et l'intellectuel engagé qui a le plus compté dans l'histoire du XIXe siècle.


COUVRE-FEU CONTRE LA MISÈRE

Victor Hugo « discours sur la misère » à l’Assemblée Nationale le 9 juillet 1849



«Je ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu'on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu'on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, Messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible ! Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n'est pas le fait, le devoir n'est pas rempli.
La misère, Messieurs, j'aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir où elle en est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu'où elle peut aller, jusqu'où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au moyen-âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?
Mon Dieu, je n'hésite pas à les citer, ces faits. Ils sont tristes, mais nécessaires à révéler ; et tenez, s'il faut dire toute ma pensée, je voudrais qu'il sortît de cette assemblée, et au besoin j'en ferai la proposition formelle, une grande et solennelle enquête sur la situation vraie des classes laborieuses et souffrantes en France. Je voudrais que tous les faits éclatassent au grand jour. Comment veut-on guérir le mal si l'on ne sonde pas les plaies ?
Voici donc ces faits :
Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l'émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n'ayant pour lits, n'ayant pour couvertures, j'ai presque dit pour vêtements, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures humaines s'enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l'hiver. Voilà un fait.
En voici d'autres : Ces jours derniers, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misère n'épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l'on a constaté après sa mort qu'il n'avait pas mangé depuis six jours. Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon!


Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société toute entière ; que je m'en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l'homme, que ce sont des crimes envers Dieu !
Voilà pourquoi je suis pénétré, voilà pourquoi je voudrais pénétrer tous ceux qui m'écoutent de la haute importance de la proposition qui vous est soumise. Ce n'est qu'un premier pas, mais il est décisif. Je voudrais que cette assemblée, majorité et minorité, n'importe, je ne connais pas, moi de majorité et de minorité en de telles questions ; je voudrais que cette assemblée n'eût qu'une seule âme pour marcher à ce grand but, à ce but magnifique, à ce but sublime, l'abolition de la misère!
Et, messieurs, je ne m'adresse pas seulement à votre générosité, je m'adresse à ce qu'il y a de plus sérieux dans le sentiment politique d'une assemblée de législateurs ! Et à ce sujet, un dernier mot : je terminerai là.
Messieurs, comme je vous le disais tout à l'heure, vous venez avec le concours de la garde nationale, de l'armée et de toutes les forces vives du pays, vous venez de raffermir l'Etat ébranlé encore une fois. Vous n'avez reculé devant aucun péril, vous n'avez hésité devant aucun devoir. Vous avez sauvé la société régulière, le gouvernement légal, les institutions, la paix publique, la civilisation même. Vous avez fait une chose considérable...

Eh bien ! Vous n'avez rien fait !

Vous n'avez rien fait, j'insiste sur ce point, tant que l'ordre matériel raffermi n'a point pour base l'ordre moral consolidé ! Vous n'avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n'avez rien fait tant qu'il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n'avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l'âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et ont travaillé peuvent être sans asile ! tant que l'usure dévore nos campagnes, tant qu'on meurt de faim dans nos villes tant qu'il n'y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n'avez rien fait, tant que l'esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n'avez rien fait, rien fait, tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l'homme méchant a pour collaborateur fatal l'homme malheureux!»

Dessin de Francisque POULBOT





A propos, le gaz a bigrement augmenté ces derniers mois et ces dernières années !

Dessin de Francisque POULBOT

samedi 7 avril 2012

JOYEUSES PÂQUES à TOUS !

פֶּסַח - PÂQUE - PESSA'H  - PASCHA - PASSOVER - PÂQUES ! 

LET MY PEOPLE GO !
C'est le vrai chant de Pâques qui mène le peuple élu de l'esclavage à la liberté, c'est un chant de liberté pour les Juifs. Pour les Chrétiens, c'est aussi un chant de libération, il mène le peuple de Dieu de l'égoïsme au don de soi, c'est un chant qui célèbre l’amour total du Christ.
Harriet Tubman, une ancienne esclave, a mené beaucoup de gens en lieu sûr par le Chemin de fer clandestin. 
On l'appelait "Moïse" parce qu'elle guidait son peuple vers la liberté des États-Unis du Nord, tout comme Moïse l'avait fait pour le peuple juif esclave en Égypte. Il les a guidés hors d'Égypte. 
D'après le livre "A treasury of Afro-American folklore: the oral literature, traditions" de Harold Courlander, le "Moïse" de cette chanson se rapporte à Harriet Tubman. 
Courlander a écrit : "Des réminiscences d'anciens esclaves… ont identifié Harriet Tubman… comme le Moïse de la chanson…". 
Plus tard, il a écrit : "La situation des Israélites en Égypte telle que décrite dans l'Ancien Testament était une situation avec laquelle des gens en esclavage pouvaient facilement s'identifier.".
Il est intéressant de voir que le peuple juif a emprunté une chanson issue de l'esclavage afro-américain à chanter pour Pessa'h.


Voici un montage russe qui commence par une version iconoclaste et un peu déglinguée pour finir par une version d'Armstrong des plus classiques, avec dans les images un rappel du désir de liberté qui tenaillait les Juifs soviétiques
Ce chant traditionnel est habituellement chanté en anglais en France.

When Israel was in Egypt's land 
Let my people go.
Oppressed so hard they could not stand,
Let my people go.

(Chorus)
Go down, Moses, 
Way down in Egypt land.
Tell ol' Pharaoh, 
Let my people go.

Thus saith the Lord, bold Moses said, 
Let my people go,
If not, I'll smite your first-born dead, 
Let my people go.
(Chorus)

No more shall they in bondage toil, 
Let my people go,
Let them come out with Egypt's spoil, 
Let my people go.
(Chorus)

O let us all from bondage flee, 
Let my people go,
And soon may all the Earth be free, (version juive)
And let us all in Christ be free, (version chrétienne)
Let my people go.
(Chorus)
TRADUCTION



Quand Israël était en terre d'Égypte,
Laisse partir mon peuple,
Opprimés si forts qu'ils ne pouvaient plus le supporter,
Laisse partir mon peuple,

(Refrain)
Descends, Moïse, 
Là-bas en terre d'Égypte,
Dire au vieux pharaon, 
Laisse partir mon peuple.

Ainsi parle le Seigneur, dit l'audacieux Moïse
Laisse partir mon peuple,
Sinon, je punirai de mort ton premier-né
Laisse partir mon peuple,
(Refrain)

Jamais plus ils ne devront souffrir l'esclavage
Laisse partir mon peuple,
Laisse-les sortir du butin de l'Égypte
Laisse partir mon peuple,
(Refrain)

Ô, laisse-nous tous fuir l'esclavage
Laisse partir mon peuple, 
(version chrétienne) Et que nous soyons tous libres en Christ    
(version juive) Et bientôt la terre entière pourra être libre 
Laisse partir mon peuple,
(Refrain)


vendredi 6 avril 2012

Etre de droite, c'est avoir peur - Volet n° 3 (fin)


Etre de droite, c’est avoir peur

L’anthropologue Emmanuel Terray, qui signe « Penser à droite », a enquêté sur la tribu dont les valeurs triomphent depuis plus de 30 ans. (fin)


Emmanuel Terray est un grand nom de l’anthropologie française. 
C’est aussi un citoyen engagé, comme on dit, franchement à gauche. Il vient de publier un livre, « Penser à droite » (éd. Galilée, 163 pages 25 euros) dont on a envie de souligner toutes les phrases.
En étudiant les écrits des grands penseurs de droite depuis la Révolution française, il a dégagé ce qui constitue leur socle commun, quelles que soient les époques, et quels que soient les "courants" et les traditions dans lesquels ils s’inscrivent.
Il nous aide à comprendre pourquoi l’immigration et l’islam sont des obsessions des hommes politiques de droite. Et pourquoi on peut être pauvre mais voter pour un candidat qui n’aide pas les pauvres.
Au terme de son enquête, il estime que la vision du monde "de droite" est aujourd’hui hégémonique – et que "François Hollande est un bon reflet" de cette domination. 


Staline, « un tempérament de droite »
Votre témoignage vient à l’appui des croyances des penseurs de droite qui considèrent l’homme comme plutôt mauvais et feignant s’il n’est pas contraint par la société. 
Si on laisse la nature opérer, la force des choses jouer, la pensée de droite est effectivement validée. Les gens de gauche ont souvent tendance à sous-estimer l’effort et les prises de risque qu’ils demandent. 
Mais alors, on naîtrait de droite et on pourrait éventuellement devenir de gauche sous certaines conditions ? 
Je ne sais pas si on est de droite à l’état de nature. De mon point de vue, gauche et droite sont deux tempéraments symétriques.
Si vous n’aimez pas l’ordre établi, si vous ne craignez pas l’innovation, les risques, si vous êtes un peu parieur, ce tempérament vous conduit à être de gauche.
Si vous êtes davantage soucieux de sécurité, si vous craignez pour ce que vous avez, pour ce qui existe, si vous craignez l’arrivée de gens venus d’ailleurs, vous êtes de droite.
Prenez l’Union soviétique entre les deux guerres : vous voyez s’opposer des tempéraments de gauche et des tempéraments de droite. 
C’est Trotski, partisan de la révolution permanente, face à Staline, partisan de l’ordre, de la discipline, de la hiérarchie.
Dans le PC chinois actuel, c’est la même chose.
Quand Sarkozy est arrivé au pouvoir, l’UMP affirmait être devenue le parti du mouvement. Etes-vous d’accord avec cette revendication ? 
Cette revendication relève de la formule du prince Tancrède dans "Le Guépard" : 
"Il faut que tout change pour que tout reste pareil."
Je crois que c’est le principe même de la politique de Sarkozy. 
L’idée est de sauver l’ordre établi dans ses fondamentaux avec ce qu’il contient d’inégalités, de toute puissance de l’argent ; mais de faire les mutations accélérées et cosmétiques qui permettront de sauver cet essentiel.
"On fait mine de craindre l’islam"
Pourquoi la droite est-elle obsédée par l’islam ? 
L’islam nous est proposé comme un adversaire de substitution, car il faut toujours un adversaire, depuis que le communisme a disparu. 
On n’a pas assez noté que les Trente Glorieuses sont exactement contemporaines de la guerre froide.
Je suis convaincu que l’avènement de ce que Robert Castel a appelé la société salariale – une société de croissance, de plein emploi, de progrès du niveau de vie, de sécurisation des statuts pour les travailleurs – cette société construite par l’effort commun de l’aile réformiste du mouvement ouvrier et de la bourgeoisie éclairée, devait beaucoup à la pression extérieure exercée par l’aile communiste du mouvement ouvrier.
La première année que j’ai voté, en 1956, le Parti communiste faisait 26% des voix. C’était une alternative possible. 
A partir de 1980, la menace soviétique devenant de moins en moins crédible, le capitalisme s’est senti libéré de toute menace, d’où ce passage à l’hubris, à la démesure.
L’islam, aujourd’hui, ne met pas en cause le destin capitaliste. C’est un adversaire moins menaçant. 
Mais on fait mine de le craindre pour se souder contre quelque chose.
Comment les gens de droite ont-ils assisté aux révolutions arabes ? 
Le printemps arabe a provoqué une petite dépression. 
Notre droite aurait été très désorientée si toutes les révolutions arabes avaient conduit à l’avènement de démocraties dans tout le monde arabe.
Mais les partis islamistes sont en train d’emporter la bataille politique aussi bien en Tunisie qu’en Egypte. 
La droite peut donc continuer à brandir la menace islamiste.
La droite va donc continuer à jouer avec le halal, les prières de rues... 
Et les horaires des piscines, oui... Mais ce n’est pas uniquement pour avoir un ennemi. 
Cette attitude se rattache aussi à cette hostilité à l’étranger qui est une dimension importante de la pensée de droite.
La préférence nationale, pensée à droite

Pourquoi la droite est-elle si méfiante vis-à-vis de l’étranger ? 
Elle ne voit pas les étrangers d’abord comme des humains. La pensée de droite déteste les catégories universelles. 
Vous trouverez quantité de penseurs de droite pour vous dire que l’humanité est une notion zoologique, sans contenu politique ni social, ni culturel.
Pour eux, ce qui existe, c’est les nations : certaines nous sont proches, d’autres lointaines. L’idée de préférence nationale, elle est formulée par le Front national, mais elle est au cœur de la pensée de droite.
C’est aussi lié à sa conception de l’ordre : l’ordre implique que ses éléments restent distincts, et que chacun reste à sa place.
Or si vous n’êtes pas dans une société d’apartheid, l’immigration apporte le risque d’hybridation, de mélange, de métissage, de confusion.
Et, par définition, un immigré c’est quelqu’un qui ne reste pas à sa place. 
Tout cela est donc contraire aux valeurs de la droite. L’instinct profond de la droite l’amène à être hostile à l’immigration.
Tout au long des XIXe et XXe siècles, la France a toujours extrêmement mal accueilli les étrangers d’où qu’ils viennent : elle a mal accueilli les Belges, les Italiens – rappelez-vous le pogrom d’Aigues-Mortes –, les Espagnols...
J’ai lu des journaux des années 30, qui expliquent que le catholicisme complètement fétichiste et fanatique des Polonais interdisait absolument leur intégration dans la République française laïque... 
Remplacez le catholicisme par l’islam, et vous aurez les peurs d’aujourd’hui.
Etre de droite, au fond, c’est avoir peur ? 
Bien souvent, oui. 
Observez la pensée de Finkielkraut, vous retrouvez cette notion de forteresse assiégée : nous sommes entourés par les barbares, ils sont à nos portes, nous sommes menacés de déclin, de disparition... 
C’est un thème cardinal dans la pensée de droite depuis 1830.
Pendant la révolution de 1848, les barbares de l’époque, ce sont les Bretons, les Picards, les Auvergnats qui s’entassent dans les faubourgs de Paris et comme ils ne parlent pas encore très bien français, car Jules Ferry n’est pas encore arrivé, ils sont réputés étrangers, ils menacent la civilisation bourgeoise parisienne.
Dans le livre de Louis Chevalier, « Classes laborieuses et classes dangereuses », vous trouvez des descriptions et des citations éloquentes sur le sujet. 
Il n’y a pas grand-chose à changer entre les textes de cette période et ceux d’aujourd’hui : la civilisation disparaît, il n’y a plus de repères, la morale s’évanouit. 
C’est un thème constant de la pensée de droite, ce thème de la peur.

Dans la préface de "Lucien Leuwen", Stendhal a cette très belle formule : 
"Adieu ami lecteur, essayez de ne pas passer votre vie à haïr et à avoir peur." 
On voit dans la campagne actuelle que la haine et la peur sont des moteurs fondamentaux pour les candidats de droite.

Fin

Etre de droite, c’est avoir peur - Volet n° 2 (suite)



Etre de droite, c’est avoir peur
Entretien, Mathieu Deslandes et Emmanuel Terray(suite) :


Emmanuel Terray qui signe "Penser à droite", a enquêté sur la tribu dont depuis 30 ans et plus les valeurs triomphent.  
Emmanuel Terray à la rédaction de Rue89, mars 2012 (Mathieu Deslandes/Rue89)

Emmanuel Terray est un grand nom de l’anthropologie française. 
C’est aussi un citoyen engagé, comme on dit, franchement à gauche. Il vient de publier un livre, "Penser à droite" (éd. Galilée, 163 pages 25 euros) dont on a envie de souligner toutes les phrases.
En étudiant les écrits des grands penseurs de droite depuis la Révolution française, il a dégagé ce qui constitue leur socle commun, quelles que soient les époques, et quels que soient les "courants" et les traditions dans lesquels ils s’inscrivent.
Il nous aide à comprendre pourquoi l’immigration et l’islam sont des obsessions des hommes politiques de droite. 
Et pourquoi on peut être pauvre mais voter pour un candidat qui n’aide pas les pauvres.
Au terme de son enquête, il estime que la vision du monde "de droite" est aujourd’hui hégémonique – et que "François Hollande est un bon reflet" de cette domination. 

Rien d’utopique chez Hollande
Rue 89 : Et Hollande ? Si je me fie aux valeurs que vous énumérez, j’en tire la conclusion qu’il est aussi de droite. 
Là les choses sont différentes. La droite et la gauche, c’est un couple antagoniste mais indissociable. Elles sont déterminées l’une par l’autre. C’est un couple qui s’affronte dans la bataille politique et la bataille des idées. 
Par conséquent, on en arrive à la question de l’hégémonie : qui est dominant dans la bataille des idées ? 
Contrairement à ce qu’on pense souvent, la gauche était assez largement dominante jusqu’en 1970-75, pendant la période des Trente Glorieuses : elle était dominante sous sa forme interventionniste, keynésienne, progressiste.
Il y a eu une mutation en 1980 et depuis cette période, c’est la droite qui est hégémonique : c’est le triomphe des valeurs de l’individualisme, de la compétition, des inégalités. 

Et je pense que François Hollande est un bon reflet de cette hégémonie de la droite.

Je ne doute pas qu’il soit un homme de gauche du point de vue de ses appartenances sociales, de son enracinement, mais dans ce qu’il développe, si les valeurs de la gauche c’est l’innovation, l’invention, la prise de risque, le privilège de l’avenir sur le présent, on en est assez loin.
Il n’y a rien dans ce que nous propose François Hollande qui relève de près ou de loin de l’utopie. 
Or je pense que sans utopie, il n’y a pas vraiment de pensée de gauche.
François Hollande serait donc un homme qui défend des valeurs de droite ! 
Je dirais que c’est un homme de gauche qui subit très fort l’hégémonie de la droite. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Quid des écologistes ? 
Il y a chez les écologistes un curieux mélange d’utopie futuriste et de nostalgie passéiste, sur le thème du retour à la nature, à la vie simple, etc. 
Cette identité multiple leur permet d’attirer beaucoup de suffrages – lorsqu’il n’y a pas d’enjeu réel, par exemple aux élections européennes et régionales. 
Quand les élections décisives (politiques) arrivent, c’est une autre affaire.
Mélenchon ou la gauche classique
Passons à Mélenchon. 
Si les valeurs de la gauche, c’est le refus de l’ordre établi, la recherche de l’égalité, l’idée qu’il n’y a pas d’ordre sans justice, et que toute injustice est un désordre, indiscutablement, Mélenchon et le Front de Gauche sont les porteurs des valeurs de la gauche classique. 
Vous allez voter pour lui ? 
Vraisemblablement.
Vous disiez que la pensée de droite est hégémonique. Peut-on dire que la France est de droite ? 
Votre question est difficile. 
Je suis frappé par la chose suivante : dans la mesure où elle privilégie l’ordre et la sécurité d’une part, le proche sur le lointain d’autre part, la pensée de droite a des assises sociologiques qui lui assurent une audience considérable.
Je pense à des gens qui n’ont pas beaucoup, et qui ne sont pas prêts à risquer ce pas beaucoup dans des aventures politiques incertaines, qui raisonnent selon l’adage "un tiens vaut mieux que deux tu l’auras", "ne lâchons pas la proie pour l’ombre".

C’est un point intéressant parce que historiquement, la droite s’est toujours méfiée du suffrage universel. 
Et puis la révolution de 1848 est arrivée et il y a eu les premières élections au suffrage universel masculin. Divine surprise : les monarchistes ont eu 500 sièges et les républicains, 200.
La droite a découvert que le suffrage universel, à condition qu’il soit bien balisé, à condition que le choix des candidats soit bien encadré, pouvait jouer en sa faveur.

D’autre part, la démocratie implique un effort, une dépense d’énergie, de temps. 
Quiconque a eu des responsabilités sait que c’est bien plus facile de décider soi-même et d’essayer de faire appliquer cette décision plutôt que de consulter cinquante personnes et discuter pendant des heures pour arriver à un avis commun. 
Or les gens ne sont pas spontanément portés à l’effort.

Il existe aussi, plus profondément, ce que Dostoïevski a appelé la peur de la liberté. 
J’ai été défenseur prud’hommes dans les années 70 à la CFDT. Dans notre idéologie, nous voulions une défense collective, participative. On voulait associer les gens qui venaient porter plainte à leur propre défense. On se heurtait à des résistances farouches. Je les entends encore : 
"Monsieur, je remets mon sort entre vos mains, je vous fais une entière confiance."
Ce recul face à la liberté et la responsabilité jouent très fort en faveur de la droite, qui fait une distinction fondamentale entre l’élite et la masse.
... A suivre